
Certains pays sont dans ma tête depuis petite. Pas vraiment comme un rêve mais plutôt comme des endroits que j’ai envie de découvrir de mes propres yeux. L’Ouzbékistan est sur cette sorte de liste enfantine dont faisait aussi partie la Jordanie et fait encore partie l’Algérie.
C’est donc en train que nous débarquons à Noukous pour commencer cette traversée de l’Ouzbékistan à vélo.
Premières étapes à vélo : rejoindre Khiva

Nos premiers kilomètres à vélo en Ouzbékistan nous mènent de Noukous à Khiva. Pour se faire nous optons pour 2 étapes qui nous permettent de découvrir la région du Karakalpakstan.
Une région autonome à l’époque soviétique. Aujourd’hui elle fait partie de l’Ouzbékistan mais certains rêvent d’indépendance ou de rattachement à la Russie ou au Kazakhstan. De plus le Karakalpakstan doit faire face à l’assèchement de la mer d’Aral.
À vélo entre Noukous et Mangit

Une fois sortis de Noukous, nous entamons une bonne trentaine de kilomètres dans le désert . Très exactement sur la route principale rejoignant Boukhara. Le vent souffle plein face et nous ralentit. Heureusement nous pouvons compter sur la gentillesse des Ouzbéks puisqu’un camion frigorifique s’arrête pour nous offrir soda frais et gâteaux.
Sur notre route, nous apercevons le site de Shilpiq : Une tour du silence.
Depuis notre départ de France, c’est la journée la plus chaude.
Au croisement de Kipchak, où nous faisons notre pause déjeuner, nous tournons vers Khiva.On passe du désert à l’oasis en un claquement de doigts. La verdure remplace le sable et ce changement de paysage est agréable. De plus la population nous salue et nous encourage.
Mais, malgré que cette petite route soit très empruntée, elle n’est pas pour autant bien entretenue.
Nous arrivons à Mangit en sueur et sommes contents de trouver une petite chambre pas chère à l’arrière d’un hôtel plus luxueux nommé Khan Palace Hôtel. Ainsi, nous allons pouvoir nous doucher et nous reposer.
Direction Khiva

La route est de plus en plus défoncée et nous devons être concentrés sur où nous mettons nos roues. Souvent, la meilleure option est le bas côté poussiéreux. Aussi, il faut rester vigilant à la circulation, surtout à ceux qui doublent en face et qui sont sûres que ça passe. Mis à part ça, nous traversons villes et villages animés, champs et plantations verdoyants… Il y a comme une atmosphère de jardin d’Eden. De plus la population est chaleureuse, souriante et encourageante.
A l’heure de la pause déjeuner, nous cherchons un endroit où nous poser au frais. On finit par trouver un kebab local où je finis par manger concombres et tomates.
Constat : l’Ouzbékistan c’est pas pour les végétariens.
Au moment de reprendre notre route, nous apercevons nos premiers cyclo voyageurs. Nous les rattrapons. Jan et Sara sont de Barcelone et ils font Istanbul – Japon à vélo et transports en commun. En discutant, on se rend compte que nous logeons au même endroit à Khiva.

Le lendemain nous visitons la vieille ville de Khiva ensemble.
4 jours à vélo dans le désert Ouzbek

Avant de quitter Khiva pour rejoindre Boukhara, j’ai quelques appréhensions. Tout simplement car nous allons traverser le désert et que la météo annonce 40°C pour les prochains jours. Nickel!
Nos étapes entre Khiva et Boukhara

Nous avons défini nos étapes en fonction des conditions climatiques et des possibilités de dormir hors du désert à cause des fortes chaleurs.
- Khiva – Uch Uchak 156km
- Uch Uchak – Zahratun Restaurant 61km
- Jusqu’à Gazli 106km
- Gazli – Boukhara 107km
Ainsi nous avons fait une grosse première étape car les conditions étaient bonnes et on en a profité pour avancer. D’ailleurs c’est pour l’instant notre record de kilomètres à la journée. Mais il est tout à fait possible de s’arrêter avant de rentrer dans le désert soit vers Hazorasp. Le soir, nous avons pu camper dans un hôtel en rénovation après avoir eu autorisation du propriétaire. Sinon il y a aussi un hôtel à la sortie de la ville, après les stations services
Le deuxième jour nous décidons de nous arrêter tôt car il fait de plus en chaud et le vent souffle de plus en plus fort, jusqu’à 45km/h.Plein face. Nous arrivons à une station service avec Le restaurant Zahratun qui est climatisé. On en profite pour manger. Il y a toilettes, douches et on nous offre la salle de prière de la station service pour nous abriter. C’est parfait.
Pour la troisième étape, on part à 4h du matin et on fait bien . Jusqu’à 10h il fait bon et il n’y a pas trop de vent. Nous arrivons à Gazli vers 12h où nous trouvons une petite piaule dans le restaurant Jizz, au frais avec douche . Par contre, il faut se méfier de la mamie de l’endroit qui tente d’arnaquer tout le monde.
Dernière étape, on démarre à 5h . Après 60km de désert , on arrive en ville et dans la verdure. Il fait très chaud mais sans vent on arrive rapidement à Boukhara .
Info pour traverser ce désert à vélo

- Regardez bien la météo avant de vous lancer. Si les conditions climatiques s’annoncent difficiles attendez ou prenez le train 😉
- Il y a moyen de se ravitailler en eau et nourriture tous les 30-50km
- Nombreuses possibilités de bivouac mais peu sont cachées
- Possibilité de faire Khiva-Boukhara en 3-5 étapes
- Une fois dans le désert la route est en bon état et ça ne circule pas tant pour une voie principale.
Boukhara à Samarcande en vélo

Pour relier ces deux villes mythiques de la route de la Soie, nous décidons de deux grosses étapes. En effet, des amis nous rendent visite en Ouzbékistan. Eux, voyagent en train et on se retrouve le soir. Pour passer du temps ensemble, nous choisissons de rouler plus.
- Boukhara – Navoï 117km
- Navoï – Samarcande 169km
S’il n’y a aucun dénivelé durant ces étapes, la difficulté vient des conditions climatiques et de l’état des routes.
Surtout pour la seconde journée. En effet, au bout de 100km, le vent face se lève et la route devient chaotique. Ceci ajouté au 36°C et à la fatigue de la vieille, j’accuse le coup. En fait j’ai du mal à avancer et mal gré ma super selle @brooks, pour la première fois depuis le début de l’aventure j’ai terriblement mal aux fesses.
Heureusement, aprés 20km de secousses, la qualité de l’asphalte s’améliore. Et, quand on quitte enfin la grande route c’est le meilleur moment de la journée.
L’arrivée à Samarcande se fait sans difficulté si ce n’est une grosse fatigue.
Nos coups de coeur à Samarcande

Évidemment, cette ville attire les touristes du monde entier et c’est compréhensible. Il n’empêche qu’elle garde son âme et son caractère, une fois sortis des sites à visiter.
- L’impressionnant Registan, symbole de la ville
- Mausolé Aksaray surtout à la tombée de la nuit
- Mausolé Shah – i – Zinda et le cimetière juste à côté . L’architecture est somptueuse et l’atmosphère particulière car c’est un lieu de pèlerinage pour les musulmans.
- Les parcs de la ville pour une balade et une pause à l’ombre des arbres
- L’Hostel Asia Minor surtout grâce à la gentillesse des propriétaires
Petit bémol : à Samarcande tout est payant! Même l’accès aux cours des bâtiments est barricadé. Si on comprend le paiement à l’entrée des bâtiments, on trouve dommage de ne pas pouvoir accéder gratuitement aux places devant.
Train Samarcande- Tachkent

Nous n’avions pas prévu d’aller jusqu’à Tachkent à vélo. Finalement nos amis de passage y allant, nous avons décidé de se joindre à eux en prenant le train. Et quelle belle expérience de voyager en train en Ouzbékistan.
D’ailleurs il est très facile de réserver ses billets de train sur le site où l’application Uzbekistan Railways
- Pour 2 personnes le ticket coûte 25€.
- Nous sommes partis de Samarcande à 19h30 ( pas de disponibilité plus tôt ), arrivés à Tachkent à 23h45.
- Aucun soucis ni supplément pour les vélos. Les sacoches sont rangées dans les portes bagages et les vélos entre deux wagons.
Nous avons adoré Tachkent. On aurait même pu y passer plus de temps. En fait cette ville vaut le détour pour son ambiance unique. Entre modernité, héritage soviétique et culture musulmane. Puis il y a tous ces parcs à thème très originaux, ce métro très beau…Comme un sentiment de débarquer sur une autre planète.
Dernières étapes vélo à l’est de l’Ouzbékistan

Lorsqu’on quitte Tachkent, il nous reste à traverser l’est de l’Ouzbékistan pour rejoindre la frontière du Kirghizistan. Nous decoupons ce trajet en 4 étapes.
Tashkent à Angren

- 95,5km
- 810m D+
Nous partons tôt de Tashkent et ainsi évitons la circulation. On se retrouve rapidement sur la route principale A373, plutôt empruntée, à enchaîner montées et descentes. Un petit déjeuner à base de Samossas aux épinards sur le bord de la route. Puis on repart et on arrive avant que la chaleur s’intensifie à Angren.
Dormir à Angren : Mohir Hôtel. Une espèce de guest House locale avec une cantine Ouzbek à quelques mètres.
Étape de montagne sur la route de Kokand

L’une des plus belles étapes en Ouzbékistan en terme de paysages.
- 67km
- 1590m de D+
Au début de la journée le vent se lève et on se prend même quelques gouttes de pluie. Finalement vers Chinor, la météo s’améliore et doucement nous commençons l’ascension. Il y a quelques passages à 8% , 10% ou même les camions semblent avoir du mal à avancer. Finalement, doucement mais sûrement nous grimpons jusqu’à atteindre le sommet traversé par un tunnel. Là, des militaires croisés plus tôt nous attendent et nous escortent le temps de sortir de ce tunnel. Ils nous conseillent même un endroit pour nous reposer.
D’ailleurs cet endroit s’avère être un vrai petit coin de paradis.

Dormir sur la A373 : il y a de nombreux restaurants le long de cette route. Nous nous sommes arrêtés au Botirxon ota Shashlik sous conseil militaire. Un accueil chaleureux, une chambre typique dans un coin paradisiaque et un repas végétarien sur demande.
Rejoindre la ville de Kokand

Une étape de descente et de plat que nous allons boucler en un temps record.
- 71,2km
- 1390m de descente soit environ sur 38km
Autant dire que les 40 premiers kilomètres se font extrêmement rapidement. En bas de la montagne on atterrit directement dans le désert. On est toujours à vive allure. Puis les derniers kilomètres se font à travers les champs avec un peu de vent qui nous ralentit légèrement .
Avec une moyenne de 27km/h, on arrive très vite à Kokand.
Hôtel à Kokand : Rohat hôtel. Le meilleur rapport qualité – prix de la ville. Bien situé et les chambres sont propres et confortables.
Où manger à Kokand : Payitaht 1453. Un restaurant turc hyper bon et bien servit. Il y a même des çis kofte pour les végétariens.
Boire un café à Kokand : Havakand bakery. Le meilleur café de la ville
Kokand à Andijan en vélo

Notre dernière étape en Ouzbékistan .
- 126km
Il n’y a aucune difficulté dans cette étape sur du plat, à travers villages, villes, cultures et usines de textile. Donc on roule à 20,2km/h et on arrive très rapidement à Andijan.
Mal gré la chaleur nous avons apprécié cette traversée de l’Ouzbékistan à vélo. Les étapes sont plutôt faciles car majoritairement sur du plat, il y a toujours de quoi se ravitailler et la population est tellement bienveillante. Par contre la route est parfois en très mauvais état même sur les axes principaux.
De plus ce pays est marqué par son histoire de carrefour de la route de la soie .
Voilà comment ce pays gravé dans ma mémoire d’enfant a été une découverte remplie de bons moments. Cependant je n’avais pas imaginé le traverser à vélo .

4 Comments
Hello Fred et Caro !
J’ai découvert récemment votre site Casquette & Baskets qui raconte vos aventures à travers le monde grâce à un ami passionné de vélo et de bikepacking comme moi. J’en ai d’ailleurs fait mon métier avec Baroudera.
Bravo pour tout ce que vous avez réalisé sur ce voyage (et sur les autres), c’est génial et passionnant de vivre ça à travers vos récits. Traverser les « stan » donne envie et j’ai appris plein de choses qui me serviront pour un prochain projet vélo en lisant les articles sur vos étapes précédentes. J’ai en effet pour projet de me rendre en Turquie depuis la France à vélo pour découvrir les pays des balkans.
Je vous souhaite du courage et surtout de belles découvertes et rencontres pour la suite de votre périple !
Salut Clément,
Merci pour ton message.
Grâce à ce nouveau voyage on découvre l’aventure à vélo et c’est un vrai plaisir.
Ton projet est trop chouette, n’hésites surtout pas si tu as la moindre question.
C’est fascinant de découvrir l’Ouzbékistan à travers ce récit de voyage. Les descriptions des paysages et des rencontres donnent vraiment envie de s’y rendre. On ressent bien les défis de la route, mais aussi la beauté et l’accueil chaleureux des habitants. La mention de l’histoire du Karakalpakstan ajoute une dimension intéressante à ce voyage. Comment l’Ouzbékistan a-t-il réussi à préserver son charme malgré les défis économiques et environnementaux ? WordAiApi
Bonjour,
Difficile de répondre à cette question puisque nous ne sommes pas expert en la matière.
Ce que l’on sait c’est que l’Ouzbékistan a une politique commerciale basée sur l’autosuffisance, une abondante réserve de gaz et qu’il est le premier producteur d’électricité de l’Asie centrale. Le tourisme est aussi très développé. Pour la question environnementale, le pays fait face à l’assèchement de la mer d’Aral. Il a donc mis en place une série de réformes pour faire de l’économie verte l’un des vecteurs de sa croissance .